expo #11 ONZE HEURES ONZE

affiche goop expo 11 webClément Renoud / Johana Simon / Valentin Guillet
du 22 avril au 06 mai 2014
3ème étage / 19, Rue Max Richard / Angers

 

Avec un nom tiré des phénoménologies mystiques, cette avant dernière exposition évoque tant une certaine échéance matériel que la fin de la saison de l’association. C’est à cette occasion que GOOP. investi un appartement privé, invitant dans l’intimité du lieu trois artistes cultivant un rapport sensible et poétique avec un monde matériel. Onze heure onze compile des pièces qui grâce à un travail sur le matériau même, rendent compte de l’érosion, de la fragmentation, de la limite temporelle et physique, de la déchéance de ce qui nous entour.

Première sensation lors de l’arrivée au troisième et dernier étage du bâtiment, une odeur de brûlé flottant dans l’air. La sculpture de Valentin Guillet trône au milieu de l’espace, il s’agit des résidus d’un brasier, des restes d’un incendie dans lequel péri une structure portante. Il s’agit d’une poutre type IPN quasi totalement carbonisée. Agencée de manière sculpturale, l’incendie in situe est improbable et fait penser à la manière d’agencer un foyer avec des rondins de bois. Pourtant le titre de la pièce, Tout semblait si noir… apporte une tout autre dimension à cette sculpture. Ainsi elle devient le réceptacle de projections mentales, comme le souvenir d’un vécu personnel, le mythe de la jeune fille aux allumettes ou encore des visions d’enfances de films dramatiques.

Une fois avancé dans l’appartement, à gauche, au sol, face à une fenêtre donnant sur de grandes cours intérieures et des toitures de parkings, une pierre tombale. Une dalle de marbre blanc d’un mètre par soixante centimètres. Sur la partie supérieure de la dalle, un QR code est gravé, laissant à quiconque possède un smartphone la possibilité de le scanner pour identifier le site auquel il renvoie. Il s’agit du texte du roman dystopique de Ray Bradbury, Fahrenheit 451. Cette fiction de 1953, au titre du degré d’auto-inflammation du papier, raconte l’histoire d’un monde où le livre, en tant que support papier, devient délaissé et même illégal. La sculpture de Johana Simon évoque la notion d’anticipation du roman qui rattrape la réalité par les e-books actuels.

Dans le troisième espace, une structure en fer à béton de soixante-dix centimètres de haut demeure au centre de la pièce. Il s’agit d’une longrine, un élément qui, une fois prise dans le béton, sert à armer au sol un pilier ou un poteau. Or ici cet élément architectural est en chocolat, et n’a la capacité de soutenir que son propre poids. Juste à côté de cette sculpture, une série de gravures du même auteur, Clément Renoud. Les carrés de zinc qu’il a laissé mordre par l’acide ont trempé cinq heures, autant dire que là où il n’y avait pas de verni plus des deux tiers de l’épaisseur des plaques est creusée. Les quadrillages ainsi dessinés sont des extraits des plans de villes historiques. Barcelone, New-York, Saint Pétersbourg, et Turin sont donc en partie dessiné par l’absence de la matière, comme si ces tracés s’était doucement évaporé avec le temps et les projets de réaménagements urbains respectifs.

 

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